Le Jukebox de Captain Détendu
[ Atom | RSS fil RSS Le Jukebox de Captain Detendu ]

René Bloch - Mr. Latin

Rene Bloch Mr Latin
René Bloch - Mr. Latin
(Atlantic 1962 / Rhino 2004)

Enfin réédité, voici le vinyle que s'arrachaient il y a encore peu à prix d'or tous les dj férus de latin music! Cet album du chef d'orchestre et saxophoniste alto René Bloch, dont l'orchestre fit les beaux jours des Havana Club et autres Hollywood Palladium, clubs mythiques de L.A. où se retrouvaient les meilleurs formations latin jazz de la côte ouest, est sans aucun doute ce qui s'est fait de plus excitant dans le style "big band meets latin sound».

Autour d'une section de percussionnistes comprenant notamment Luis Miranda, conguero attitré de l'orchestre de Machito puis du vibraphoniste Cal Tjader, et le maître des bongos Chano Pozo, une section de cuivres explosive allie la puissance de feu des trompettistes de l'orchestre de Perez Prado au swing subtil de quelques pointures des formations jazz west coast. Saupoudrez-y les arrangements dignes d'un Count Basie latino réalisés par le pianiste Al Chaplin, la guitare de John Pisano, musicien attitré de Peggy Lee et Sinatra, les voix de trois chanteurs parfaits dans le style "sonero", et vous obtenez cette perle intemporelle, célébrant mambos, pachangas, cha cha et autres boléros avec un son remasterisé de toute beauté!

Pour la petite histoire, après avoir fait danser des générations d'afficionados, René Bloch cessa son activité de chef d'orchestre pour devenir... rabbin, reprenant parfois son sax alto lors de cérémonies religieuses ou pour faire guincher les convives de quelques bar-mitzvah. Les voies du mambo sont impénétrables!

Note "Back on the Bloch" : 5/5 (Captain Détendu)

Paul Desmond - Bossa Antigua

Paul Desmond Bossa Antigua
Paul Desmond - Bossa Antigua
(RCA 1964 / BMG 2004)

Impossible de ne pas céder à la tentation de reprendre quelques citations des notes de pochette de la première réédition vinyle, en 1983, de cet album légendaire du saxophoniste alto Paul Desmond. Alain Tercinet écrivait alors "En 1964, la bossa nova avait séduit le jazz depuis belle lurette... Tous ou presque succombèrent à la mode, ce qui permit à un certain nombre de réaliser le plus mauvais album de leur carrière".
Impossible de ne pas céder à la tentation de reprendre quelques citations des notes de pochette de la première réédition vinyle, en 1983, de cet album légendaire du saxophoniste alto Paul Desmond. Alain Tercinet écrivait alors "En 1964, la bossa nova avait séduit le jazz depuis belle lurette... Tous ou presque succombèrent à la mode, ce qui permit à un certain nombre de réaliser le plus mauvais album de leur carrière".

Dans le cas de Paul Desmond, compagnon de route du pianiste Dave Brubeck et, entre autres, compositeur de "Take Five", le prétexte carioca donna lieu à un exercice de style sublime, parfaitement qualifié par Tercinet:
"Qui d'autre que lui pouvait enregistrer un album entier de bossa nova sans avoir recours une seule fois à des thèmes brésiliens garantis d'origine?".

Desmond, musicien doté d'un humour ravageur, raconte dans les notes de pochette, qu'il rédigea en personne, l'origine de certains titres, comme son magnifique thème "Curaçao doloroso":
"Initialement, j'avais envie de jouer "Heartaches", thème qui me paraissait parfaitement incongru, ayant autant de rapport avec la bossa que la musique d'une fanfare avec celle de Gerry Mulligan. J'ai écrit quelques petites variations et nous avons essayé. Ce fut si affreux que l'on vit notre producteur, Georges Avakian, tout frémissant d'horreur bondir hors de la cabine de son en agitant les bras. Par la suite, nous avons conservé les accords en esquivant la mélodie, ce que d'ailleurs on est supposé faire de toute façon dans le jazz, et tout a marché bien gentiment étant donné que ce n'était plus la même mélodie et que les accords s'enchaînaient différemment. Les auteurs de "Heartaches" ne doivent pas s'attendre à toucher des royalties, mais s'ils veulent boire un verre, je suis ordinairement chez moi entre 16 et 18 heures".

Paul Desmond décrivait sa sonorité et son style exceptionnel par ces mots: "Je devais avoir derrière la tête de sonner comme un dry martini". Cette boutade, révélatrice de la modestie de ce musicien génial, répond à tous ceux qui prennent sa musique pour ce qu'elle n'est pas. Sous ses faux airs de jazzman cool, Desmond donne une leçon magistrale de lyrisme qui n'a jamais été égalée. Ajoutez-y ce son inimitable, marque de tout musicien digne de ce nom, un goût parfait pour s'entourer de sidemen à l'unisson et vous aurez la panoplie complète d'un artiste incontournable. Ici, l'alter ego guitariste de Desmond, Jim Hall, et le batteur du Modern Jazz Quartet, Connie Kay, forment autour de leur leader un écrin d'une rare élégance. Vous l'aurez sans doute compris, "Bossa Antigua" n'est pas seulement un disque de plus dans le genre "jazz meets bossa". Il s'agit tout simplement d'un pur chef d'oeuvre!

Et pour conclure, cette citation extraite des notes de pochettes de Desmond, à propos de son producteur, petite légende dans le monde du jazz (Georges Avakian, journaliste pour Down Beat, devint, entre autres, responsable du jazz chez Columbia, produisant quelques uns des plus célèbres disques de Miles Davis, Sonny Rollins, Keith Jarrett...): "Comme toujours, Georges Avakian dirigea les opérations avec aisance, même avec un téléphone plus ou moins collé à l'oreille en permanence. (Il advint un moment où, je dois l'admettre, le seul moyen d'attirer son attention fût de sortir du studio, d'aller à la cabine téléphonique et de l'appeler.) Je ne sais pas dans quelle mesure l'appel eût une influence, mais j'aime cet album."

Note "Perfect Desert Island Record" : 5/5 (Captain Détendu)

Oliver Nelson - Skull Session

Oliver Nelson - Skull Session
Oliver Nelson - Skull Session
(Flying Dutchman 1975 - réédition Bmg 2002)

Si le nom Nelson vous évoque immanquablement l'immense Mandela, ou bien la cuisante déculottée de Trafalgar (une brillante victoire sur les bouffeurs de grenouilles, selon le côté de la Manche où vous vous positionnez...) voire l'inénarrable Monfort, sachez qu'il existe un autre Nelson, que vous devez sans faute découvrir!

Compositeur, arrangeur et saxophoniste incontournable de la scène jazz des sixties, Oliver Nelson doit sa notoriété à l'extraordinaire album "The Blues and the Abstract Truth" publié sur le label Impulse en 1961, et comprenant notamment son futur standard "Stolen Moments", sublime composition transcendée par des musiciens d'exception tels que Bill Evans ou Eric Dolphy.

Quinze années plus tard, avec à son actif des dizaines d'albums publiés sous son nom et comme arrangeur (pour Thelonius Monk, Jimmy Smith, Wes Montgomery, Herbie Mann, Louis Armstrong, Gato Barbieri côté jazz, mais aussi The Temptations, Ray Charles, James Brown...), également créateur des b.o. des séries Columbo, L'Homme de Fer, L'Homme qui valait trois milliards, Oliver Nelson enregistre "Skull Session", l'un de ses tout dernier disque, testament-sésame vers son univers empli de soul, de cuivres et de groove.

Ici, Nelson alterne thèmes funky façon séries tv (125th St. and 77thAve., Dumpy Mama, Flight for Freedom) saupoudrés de sons de Moog et autres synthés Arp, et arrangements chocs pour big band fiévreux, entrecoupés de quelques bossas façon Quincy Jones décontracté du gland, comme dirait Bertrand Blier. La grande classe d'un orchestrateur inimitable, digne héritier de Duke Ellington, entouré ici de pointures telles que Willie Bobo (percs), Shelly Manne (drums), Jerome Richardson (flute), Oscar Brashear (trumpet) ou encore Lonnie Liston Smith au Rhodes et au piano.

Une excellente réédition, à savourer dans son fauteuil, comme dirait Raymond Burr. Ben quoi, vous connaissez pas Raymond Burr, le fameux interprète de Robert Ironside, dit Robert Dacier, plus connu sous le sobriquet de "L'Homme de fer"?

Note "Pour qui Nelson le glas" : 4/5 (Captain Détendu)

Daniela Mercury - Carnaval Electronico

Daniela Mercury - Carnaval Electronico
Daniela Mercury - Carnaval Electrônico
(BMG Brazil 2004)

Non, Daniela Mercury n'est pas la soeur cachée de Freddy, bien qu'elle soit la nouvelle queen de la pop brésilienne.

Cette chronique démarre super fort. On fait ce qu'on peut, c'est pas évident de donner envie d'écouter des disques.

Surtout des disques brésiliens.

La plupart de mes amis détestent la musique brésilienne.

Il est vrai que les ascenceurs lui ont fait beaucoup de mal. Qui n'a jamais été tenté, entre un 6ème et un 9ème étage, d'exploser un haut-parleur qui diffuse "La fille d'Ipanema" massacré à l'orgue electronique?

Justement, en parlant d'electronique, voilà un disque qui devrait faire changer d'avis ceux qui pensent que les brésiliens devraient se contenter de jouer au foot et de bouffer leur feijoada tranquille sans venir nous gonfler dans nos ascenceurs. C'est vrai, quoi, est-ce qu'on vient leur balancer du Michal dans leurs ascenceurs, nous? Bon, ben voilà, j'avais trouvé une super transition sur l' "electronique" et je me retrouve avec un chanteur polonais sur les bras. Pas évident, de chroniquer cet album...

Faisons simple et concis. Daniela Mercury est une superstar dans son pays: elle chante -et danse- grave et en plus, elle est ultra bonne. Certes, mais certains pensent la même chose de Michal. Avec ça, on est bien avancés. Bon, si je vous dis qu'elle a débuté comme choriste de Gilberto Gil, actuel ministre de la culture brésilien, ça vous en bouche un coin? Vous me rétorqueriez, à juste titre, que si le mec a laissé tomber la chanson pour un ministère, y'a comme un problème. Vos gueules! C'est moi qui chronique, pas vous.

Je vais jamais y arriver. Bon, donc, la Daniela tient le haut du pavé de la scène brésilienne (oui, les scènes brésiliennes sont pavées!) depuis 10 ans à coup d'albums brûlants, et s'est décidée à faire appel à la crème brûlée des dj brésiliens sur le thème du Carnaval (prononcer "Carnavaouh"), dont elle est l'éminente représentante, hystérisant les foules juchée telle un Ben Hur drag queen sur son char, au son des célèbres "trios eléctricos", orchestres qui rythment les nuits chaudes de Bahia.

Le résultat, je vous le donne en mille: un album ultra festif (prononcer "festchiff"), où figurent ledit Gilberto Gil, qui devait en avoir ras l'bol des intermittents brésiliens, ainsi que Carlinhos Brown et Lenine (les connaisseurs apprécieront, les autres se demanderont ce que Lenine fout dans ce bordel alors qu'il est censé reposer peinard dans son mausolée). Question son, voilà de la pure drum'n'bossa, house samba, et autres brazil dubs totalement réjouissants, pour tous ceux qui en ont plein le cul des mixes brazilectro façon Favela toc.

Note "Brazilia Carnaval, La La La La Lalaaaa..." : 4/5 (Captain Détendu)

Astrud Gilberto - With Stanley Turrentine

Astrud Gilberto with Stanley Turrentine
Astrud Gilberto - With Stanley Turrentine
(CTI 1971 / Beatball Music 2004)

Quatre cas de figure :
1) Vous êtes fan de la diva bossa, jetez-vous sur cette réédition!
2) Vous êtes fan de Stanley Turrentine, excellent sax ténor, pilier des labels Blue Note et CTI. Mauvaise pioche, vous risquez d'être quelque peu déçus par la rareté de ses interventions.
3) Vous êtes fan de Deodato: vous avez déjà cet album depuis longtemps...
4) Vous avez déjà cet album mais vous vous êtes plantés, pensant acheter un disque de Joao Gilberto, de Bebel Gilberto, de Gilberto Gil, voire de Gilberto Montagné. Pas de bol...

Quoi qu'il en soit, je m'adresserai en priorité aux fans d'Astrud. Hors la beauté intrinsèque de l'objet produit par le label coréen Beatball Music, les bonus tracks justifient à eux seuls l'achat de cette splendide réédition. En effet, le compositeur Ennio Morricone eut l'excellente idée, pour la bande originale du film d'Henri Verneuil "Le Casse" ("Gli scassinatori"), de faire appel à la voix diaphane de la chanteuse brésilienne sur les deux thèmes principaux du long métrage, "Argomenti" et "Una donna che ti ama". Vous trouverez, en plus de ces deux titres grandioses, deux autres versions enregistrées en espagnol. Olé!

Cela dit, voilà un objet assez étrange, musicalement parlant, pour ceux qui découvriraient cette production emblématique du label CTI. Le nom "Deodato" étant forcément synonyme de qualité orchestrale, on regrettera un répertoire parfois incongru, avec quelques plages dégoûlinantes de niaiserie, parmi lesquelles les reprises stupides du déjà insupportable thème de "Love Story" ou de "If not for you" de Dylan! Cela ne doit évidemment pas occulter le reste de l'album, somptueux, alternant reprises de Burt Bacharach et standards pop brésiliens ("Mulher rendeira", "Zazueira" de Jorge Ben, "Ponteio" de Edu Lobo ou encore l'instru "Vera Cruz", composé par Milton Nascimento, sur lequel Stanley Turrentine se balade avec classe), arrangés à la sauce groovy des productions Creed Taylor de l'époque.

Les requins de studios habituels y sont conviés, de Ron Carter à la basse en passant par Hubert Laws à la flûte, ainsi que les petits camarades de jeux brésiliens de Deodato (Airto Moreira, Dom Um Romao, Sivuca). Ce disque, vous l'aurez compris, aurait du s'intituler Astrud Gilberto / Deodato, with Turrentine, dans un rôle de Stan Getz plus énervé.

Note "Astrud Gilberto meets Deodato & Morricone" : 4/5 (Captain Détendu)